DÉPÊCHES

« Youssou Ndour ou le Sénégal qu’on aime » par Maderpost

 

Il y a dix ans, le 1er octobre 2009 précisément, à l’occasion du 50e anniversaire de la star planétaire Youssou Ndour, Aly Ba, alors « Génération You », écrivait, depuis Cologne, en Allemagne, un chef-d’oeuvre à l’attention de son idole et celle de générations entières sénégalaises, africaines, internationales. Près de dix ans après, Maderpost est tombé sur ce très beau texte qu’il publie quelques jours après l’annonce de la sortie d’un énième album de l’artiste, History, et sa prestation prochaine avec le Super Etoile au Forest National de Bruxelles, le 8 juin 2019. Ci dessous l’Oeuvre !

« Youssou Ndour ou le Sénégal qu’on aime »

« Notre mémoire collective retiendra la saga exceptionnelle de ce génie précoce, enfant surdoué qui après ses débuts fulgurants, s’est maintenu sur la ligne de crête de la musique mondiale, avec les seules armes de son talent. Avec cet artiste prodige qui a la musique inscrite dans les gênes et le rythme chevillé au corps, tout touche à l’exploit, au record, à l’exceptionnel. A bord du vaisseau  amiral Super Etoile, il a imposé notre musique sur toutes les scènes du monde, enchaînant les concerts sur tous les types de podium, y compris dans les salles les plus mythiques, faisant succéder les coups de cœur, au rythme de ses albums, trustant sans cesse la une des journaux.

Dépositaire d’un don unique, cette voix inimitable aux modulations multiples, il vit et respire la musique, élevant sans cesse son niveau d’exigence, maitrisant à la perfection les spectacles flamboyants tout autant que les registres intimistes et  manifestant un rare amour de la scène, de sa musique, de son public, amour qu’il prouve par un travail acharné de création sans cesse renouvelée.

C’est la fameuse touche, You, qui est sa marque, Enchantement assuré. De fabrique reconnaissable à travers cette orfèvrerie bien huilée, ces compositions soignées et ces arrangements savamment orchestrés. Les aficionados en redemandent sans cesse de cette musique lumineuse, novatrice, ingénieuse et ambitieuse.

Nappes de tradition et entretissées avec nappes de modernisme. Musique dans laquelle se dit le respect et l’amour des gens ordinaires, leurs vies et leurs sentiments, leurs peines, leurs joies et leurs craintes, en un mot un miroir de l’homme sénégalais.

Une musique qui en sait sur nous plus que nous que nous sur elle ; et qui rythme nos exaltations, nos jubilations et nos plaisirs, mais aussi nos amertumes et déceptions, glorifie notre passé et scrute notre avenir. Une déclinaison de toutes nos situations vécues. Musique d’avant hier et d’après demain qui coule de source et comme tout ce qui réussit, paraît facile.

Un hymne constant à la culture dans laquelle immerge You, avec au centre de ses préoccupations l’éternel souci de son public et dont la notoriété dépasse nos frontières ; You a remporté toutes les palmes et a marqué d’une empreinte indélébile générations successives et publics les plus divers, leur communiquant le vrai goût des choses. Trait d’union entre classes d’âge, cultures civilisations.

C’est pourquoi si la musique sénégalaise était un homme, elle s’appellerait You ; il en est l’esprit, il en incarne l’âme, ce qui est au delà de l’apparence et de la forme.

Son parcours sans faute d’artiste qui s’est interdit les terrains glissants, jamais d’écart ni de relâchement, pas la moindre incartade ni la plus petite insulte,  une ascèse du geste et de la parole, un maintien impeccable une exquise urbanité, toutes preuves vivantes qu’on peut être musicien sans être sulfureux ; il a redignifié, dans tous les sens la musique et les musiciens de notre pays.

Sa musique est devenue ainsi pour nous tout un signe de reconnaissance, un code de bonne conduite, une table des lois parallèle, mais surtout ce qui nous relie d’abord à nous même, nous réconcilie avec nos rêves et nos valeurs.

Une référence dans un pays privé de références, une boussole précieuse en cette époque de désorientation, ou notre avenir politique est plus confus que jamais, et où un sérum de cynisme a pénétré les veines de notre démocratie jusqu’à mettre même en péril la forme républicaine de notre Etat.

Nous avons encore besoin de You, de son enthousiasme face à la vie, de son énergie solaire, de sa créativité débordante, de ce dynamisme fait homme et dont l’engouement que suscite sa musique aux quatre coins de la planète en fait un pari pour  la civilisation et un plaidoyer en faveur de nos idéaux

Loin des clichés et des querelles de clocher, You tient son rang et l’on comprend pourquoi alors que notre pays devient un concentré des malheurs de notre planète rétrécie( extrême pauvreté, trafics en tous genres, corruption généralisée, projet halluciné de succession monarchique), l’on comprend vraiment que la continuité de ses attitudes, de ses réactions et de ses interventions, fait apparaître ce multirécidiviste des bonnes actions comme un maître à vivre autant que comme un repère sûr et clair.

La trajectoire de cette idole des jeunes, passée au rang d’icone de la nation, présente, en raccourci, tous les ressorts du Sénégal qu’on aime : énergie positive, initiative et invention sens de la mesure, créativité et entreprenariat, solidarité et équité.

Laissons nous encore longtemps porter là où nous emmène la musique de You, elle embellit sans cesse nos existences et notre être en commun. Joyeux cinquantenaire et longue vie !

Ce texte a été écrit par Aly BA alors de GENERATION YOU, le 1er octobre 2009

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